Le tourisme est au point mort en Haute-Loire

...

Offices de tourisme, chambres consulaires, professionnels du secteur, tout le monde est prêt pour le déconfinement afin de sauver une saison touristique déjà bien entamée. Mais « l’expectative » est le mot qui revient le plus souvent, avec son lot d’interrogations : quand va-t-on pouvoir rouvrir, dans quelles conditions et avec quelle clientèle ?

 À quoi ressembleront nos vacances pour cet été 2020 ? Le flou le plus total règne en cette période de lutte contre le Covid-19. Et si la date du 11 mai a été avancée pour un début de déconfinement, les modalités restent à définir. En Haute-Loire, département où le tourisme est un secteur qui pèse dans l’économie, l’inquiétude est grande.

« Beaucoup de prestataires sont dans la détresse »

« À l’heure actuelle, nous n’avons aucune visibilité pour les mois à venir, témoigne Jean-Paul Grimaud, directeur de l’Office de tourisme de l’Agglomération du Puy-en-Velay. Est-ce que les restaurateurs vont pouvoir ouvrir, quand et dans quelles conditions ? Or, on sait très bien que l’on ne développe pas d’activité si les bases que sont l’hébergement et la restauration ne sont pas dans un fonctionnement à peu près normal. Il en va de même pour les activités de loisirs et les visites de sites ».

La population, légitimement après avoir été confinée, devrait avoir envie et besoin de sortir cet été. Mais le pourra-t-elle ? Un déconfinement par zones avec une limitation des déplacements entre régions fait même partie des éventualités. D’ordinaire, les mois d’avril et de mai, la ville du Puy-en-Velay et plus largement le département reçoivent de nombreux groupes de touristes. Cette année, tout un secteur est en crise.

Miser sur une clientèle locale et régionale

Jean-Paul Grimaud estime que les premiers déplacements des personnes déconfinées seront consacrés aux proches et à la famille. « La priorité des gens n’est pas aux loisirs et aux vacances. Quand ils vont pouvoir se déplacer un peu plus normalement, on peut penser qu’ils vont d’abord essayer de se voir en famille. Je crois qu’il va falloir favoriser les actions liées au local et au régional. Si les gens partent, ils n’iront pas très loin ».
Dans cet océan de doutes, une chose est quasiment certaine : la clientèle étrangère ne devrait pas venir en France cet été et peut-être pas cette année. Le constat est d’autant plus difficile que les étrangers représentent jusqu’à 20 % du tourisme au Puy-en-Velay.
À l’échelle départementale, les équipes de la Maison du tourisme sont mobilisées, notamment par l’intermédiaire d’une cellule de conseils. « Beaucoup de prestataires sont dans la détresse. On essaye de les soutenir moralement et de leur apporter une ingénierie de conseils, en lien avec la CCI, par exemple pour activer tel ou tel fonds de soutien, pour le chômage partiel, pour reporter un loyer, etc » témoigne le directeur Daniel Vincent.
Des webinaires, sortes de formations via internet (sur les réseaux sociaux par exemple), ont également été mis en place, tous les jeudis, pour les prestataires touristiques qui le souhaitent. Ces formations sont interactives. « Ce sont des temps de formation, certes un peu allégée par rapport à ce que l’on peut faire d’habitude, mais aussi des temps d’échanges entre professionnels qui attendent de se retrouver à travers les outils de visioconférence. Le simple fait de se voir et d’échanger leur fait beaucoup de bien ».
En parallèle, les élus de Haute-Loire réfléchissent à un plan d’aide financier en direction de ces mêmes prestataires. Les modalités sont en discussion et doivent se faire en concertation avec la Région et l’État.

« L’objectif est de permettre à toutes les entreprises liées à l’activité touristique, c’est-à-dire également à certaines entreprises commerciales, de redémarrer la saison dans des conditions acceptables ».

JEAN-PIERRE MARCON (le président du conseil départemental)

Pour l’instant, la réflexion est en cours pour définir s’il s’agira d’une avance remboursable ou d’une subvention. Le Département devra sans doute s’adosser à un autre dispositif d’aides, dans un souci d’efficacité et d’harmonisation, mais également parce que la collectivité départementale ne peut pas distribuer directement aux entreprises des aides pécuniaires.
« Le Département est dans une situation financière qui lui permet de faire un geste important. Des simulations sont en cours, mais il faudra également composer avec la baisse actuelle des recettes (droits de mutation et taxes diverses) ». La prochaine assemblée plénière étant prévue pour le mois de juin, c’est la commission permanente qui statuera dans le courant du mois de mai, « car après, il serait trop tard ».
Enfin, les chambres consulaires sont, elles aussi, en pleine ébullition pour tenter de poser les bases d’une reprise d’activité en toute sécurité sanitaire.

Ouvrir les établissements avant le 1er mai

« On souhaiterait avoir un label sanitaire, avec un cahier des charges pour chaque profession. On préférerait que ce label soit universel et ne soit pas propre à tel ou tel groupe. Le but est de permettre à chacun de travailler dans de bonnes conditions et de rassurer les clients et le personnel », témoigne Chantal Pillay-Barry, conseillère hôtellerie-restauration-tourisme à la CCI de Haute-Loire.
Avec le président de la CCI, Jean-Luc Dolléans, les équipes se chargent de faire remonter les problématiques des entreprises (financier, ouverture, chômage partiel) et se tiennent prêtes pour accompagner leurs ressortissants sur la mise en place d’une méthodologie en termes d’hygiène : « L’objectif serait de pouvoir faire ouvrir les établissements avant le 1er mai, pour qu’ils puissent commencer à travailler, c’est nécessaire d’un point de vue financier, mais aussi psychologique ».

Au Camino, le téléphone ne sonne plus depuis des semaines

Le Camino, lieu d’accueil privilégié des pèlerins qui partent sur le chemin de Saint-Jacques, est actuellement fermé. Et la saison touristique qui se profile ne laisse, pour l’instant, pas beaucoup d’espoir…
La structure, qui a ouvert ses portes en 2012, fonctionne avec beaucoup d’étrangers. Or, les frontières sont actuellement fermées… De plus, le Camino n’a tout simplement pas l’autorisation légale d’ouvrir.

« Pour l’instant, on nous a indiqué que l’ouverture ne se ferait pas avant le 15 juillet », précise Dominique Bourgin, responsable de l’accueil. Actuellement, le téléphone du Camino ne sonne pas. Aucun appel, pas même une demande de renseignement : « Il ne se passe rien. Et l’on peut comprendre les gens. Sur le chemin, l’hébergement est principalement collectif ».

Annulation à la chaîne sur le chemin

Les réservations dans les gîtes font donc l’objet d’annulations en chaîne. « Je souhaite vivement que ça redémarre, mais je me demande quelle saison on va avoir. Normalement, on démarre en avril et on arrête au 15 octobre. À l’heure actuelle, on ne sait même pas quand et si on va pouvoir ouvrir ; ni si les gens vont avoir envie de venir. Pour certains, c’est un pèlerinage, pour d’autres c’est un loisir ou une épreuve sportive, mais tous sont prêts à remettre ça à plus tard ».
Dominique Bourgin est également responsable de l’organisation des pèlerinages du diocèse, vers l’extérieur.
Fin avril, 850 personnes devaient partir à Lourdes. Tout a été annulé en 48 heures. Tous seront remboursés. Avec les conséquences financières que cela implique.

« Tous les hôteliers du Puy-en-Velay sont très inquiets »

Dans le secteur de l’hôtellerie, les établissements ont la possibilité de rester ouverts, mais ils ont bien souvent fait le choix de fermer, faute de client…
« On attend une consigne nationale. On doit avoir une communication d’ici la fin du mois sur des protocoles à respecter pour le nettoyage des chambres, pour les espaces communs, pour les petits-déjeuners », témoigne Emmanuel Crespy, qui gère plusieurs hôtels au Puy-en-Velay.

Actuellement, tous ses établissements sont fermés, sauf l’hôtel Ibis de Saint-Laurent. « On concentre ici toutes les demandes. On travaille en particulier avec l’hôpital Émile-Roux et on fait entre zéro et cinq chambres par jour, sur une capacité de soixante chambres. Il s’agit essentiellement de fonctionnaires et de personnels (médecins) de l’hôpital. De temps en temps, on fait une pointe à sept ou huit chambres, mais le marché reste atone. Tous les hôteliers du Puy sont très inquiets et l’on ne peut pas se permettre d’ouvrir pour avoir une activité de 10 % ».
Les professionnels du secteur sont dans l’expectative et espèrent un redémarrage rapide, en lien avec les restaurateurs. « L’un ne va pas sans l’autre. Les gens, professionnels ou touristes, ne viendront pas s’ils n’ont pas des lieux pour manger ».

Des traces durables

La situation économique se tend de jour en jour et devrait laisser des traces durables pour les mois (années ?) à venir selon les professionnels. « Dans nos régions, l’activité est très saisonnière, il ne faut pas manquer l’été. Cette période de fermeture va déstabiliser les entreprises pour l’hiver prochain ».
Et surtout, une question se pose : en fonction des contraintes qui vont être imposées, la clientèle pourra-t-elle et aura-t-elle encore envie de voyager cet été ? (https://www.leveil.fr/puy-en-velay-43000/actualites/le-tourisme-est-au-point-mort-en-haute-loire_13781959/)