En Espagne, le filon des caméras thermiques et des parois dans les restaurants

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Alors que le confinement commence à peine à s'assouplir dans la péninsule, des entrepreneurs se lancent dans le business des parois transparentes pour séparer les clients et des caméras qui détectent leur fièvre.

«Un pays enfermé finit par mourir de faim», lance Manuel Gil, un entrepreneur de 50 ans qui espère tirer profit de la réouverture des bars et des restaurants en Espagne. Aucune date n’a encore été fixée pour les établissements commerciaux, dans le troisième pays le plus endeuillé du monde. Mais le confinement très strict mis en place depuis mi-mars commence à s’assouplir : depuis ce dimanche, les enfants de moins de 14 ans peuvent désormais sortir une heure par jour pour se dégourdir les jambes à moins d’un kilomètre de leur domicile, entre 9h et 21h et accompagnés d’un adulte.

En Espagne, les innombrables bars sont au centre de la vie sociale. Quand ils finiront par rouvrir, ils devront sans doute appliquer des règles de distanciation sociale entre leurs clients. Alors Manuel Gil s’est lancé dans un business qu’il espère porteur : les parois transparentes isolant les clients pour éviter toute contagion.

Spécialiste de la rénovation de bars et de restaurants, il présente son projet pilote dans une boulangerie appartenant à son frère à Leganes, dans la banlieue de Madrid, qui disposant de huit tables pour les clients. De grandes parois transparentes permettent d’isoler une table de quatre personnes, et d’autres plus petites et démontables séparent les clients assis à la même table.

«N’importe quel restaurant ou bar qui a huit ou 10 tables peut dépenser 700 ou 800 euros pour rénover son restaurant et rouvrir. Personne dans ce pays ne pourra supporter d’avoir un commerce fermé pendant six, sept mois voire un an», veut-il croire. Dans l’attente des conditions fixées par le gouvernement, il n’a pas encore lancé la fabrication de ses parois mais assure que son usine pourra fournir des clients dans l’ensemble du pays en «moins d’une semaine».

L’organisation patronale représentant le secteur de l’hôtellerie a rejeté jusqu’ici l’installation de telles parois car le gouvernement n’a donné aucune instruction en ce sens et car elle considère que les entreprises ne pourraient pas en assumer le coût.

Caméras thermiques

Le secteur de l’hôtellerie prône en revanche la limitation de la fréquentation des établissements, avec une distance minimale entre les tables, la fourniture de gel hydroalcoolique à l’entrée et le contrôle de la température des clients. Un autre filon pour Pedro Zamorano, gérant de la société Cámaras Covid, qui participe au projet pilote de Manuel Gil. Ce chef d’entreprise a commencé à importer de Chine «il y a moins d’un mois» des caméras thermiques dont il a commandé 12 500 unités, d’un prix allant de 1 150 à plus de 20 000 euros.

Très sensible, une telle caméra détecte une personne fiévreuse… Mais elle sonne également à l’approche d’une boisson chaude. Et évidemment, elle est incapable de détecter une personne infectée par le virus mais asymptomatique, sans fièvre mais contagieuse.

Peu importe : Sheila Giraldo, employée de la boulangerie, dit se sentir «mieux protégée» par la présence de la caméra, et considère les parois comme un moindre mal «tant que les gens viennent et se débarrassent de la peur» de sortir de chez eux.

En Espagne, l’hôtellerie-restauration représente plus de 300 000 établissements et 1,7 million d’emplois. Le secteur, qui pèse 6,2% du PIB, selon l’organisation patronale, craint la suppression de 270 000 emplois et la fermeture de 15% des établissements si la réouverture a lieu à la fin du premier semestre. (https://www.liberation.fr/planete/2020/04/26/en-espagne-le-filon-des-cameras-thermiques-et-des-parois-de-separation-dans-les-restaurants_1786470)