Café-restaurant-concert : la stratégie de survie du Rideau Rouge

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Dans la grande banlieue de Bruxelles, cet établissement indépendant propose d'ordinaire des dîners-spectacles. Avec la crise sanitaire, Le Rideau Rouge a entamé une transformation digitale et durable de ses activités.

Le Rideau Rouge, salle de café-concert près de Bruxelles, s'est réinventé pendant le confinement« Moi, je suis un tout petit club qui a un temps d'avance, qui en fait un peu plus que les autres, qui n'a pas de subvention, et je devrais vous expliquer comment faire ces installations ? » C'est la réponse en forme de question de Nicolas Fissette, à la tête de ce bar-restaurant-salle de concert, aux responsables de centres culturels qui l'ont contacté ces dernières semaines. Avec deux sessions musicales hebdomadaires confinées, soit au total une vingtaine de concerts retransmis sur Facebook et Youtube, l'établissement a fait parler de lui au-delà même des frontières de la Belgique. Un gain de visibilité bienvenu pour cette petite structure qui fêtera son 16e anniversaire en septembre 2020.

Nicolas Fissette, le propriétaire de trente-sept ans, s'est démené pour conserver des rendez-vous en acoustique avec des artistes pas ou peu connus. Comme il l'explique avec fierté, « la découverte reste la mission principale du Rideau Rouge ». En moyenne, 300 à 400 personnes ont répondu présentes derrière leurs écrans à chaque concert en direct sur les réseaux sociaux, soit le double de la capacité maximale des deux salles du club. Au noyau dur, composé d'une centaine de fidèles, se sont ajoutés de nouveaux venus grâce à une communication accrue sur Internet.

Pendant le confinement, les clients du Rideau Rouge pouvaient vivre l'expérience de leur canapé avec repas livrés à domicile au prix de 9,50 euros et dégustés devant l'écran de son ordinateur. Pas de billet à acheter pour assister au concert gratuit, mais la possibilité de faire des dons via un « chapeau virtuel » disponible depuis la billetterie en ligne. Un gain d'« environ une trentaine d'euros par concert, ça reste anecdotique », tempère toutefois le fondateur.

Deux ans pour se remettre de cette crise

Le Rideau Rouge emploie six salariés à plein temps. Certains sont sur place en cuisine, et d'autres travaillent encore à distance pour s'occuper de la communication. Deux techniciens ont appris à contrôler depuis chez eux la console de son et les caméras pour capter les concerts, enregistrés dans le respect des recommandations sanitaires. Le matériel technique pour l'enregistrement des sessions musicales était heureusement en grande partie déjà acheté et quasiment opérationnel. Le Rideau Rouge s'est équipé progressivement depuis un an et demi. « On a commencé par du low-cost, mais aujourd'hui, on est en haute définition et en multi-caméras, se réjouit Nicolas Fissette. Tout ça s'est fait petit à petit, mais dans la durée, c'est ça qui a été notre force ! »

Côté finances, en revanche, l'établissement tire la langue. « Ce sont les deux pires mois de ma vie », confesse Nicolas Fissette, qui redouble d'efforts pour entretenir le lien avec le public sans parvenir à rémunérer ni son équipe ni les artistes, « et ça, ce n'est pas tenable ». Selon son calcul, depuis le début du confinement en Belgique, le 13 mars, le Rideau Rouge a fait l'équivalent du « chiffre d'affaires d'une grosse semaine en pleine saison »Les événements privés, qui représentent une part importante de l'activité, sont tous reportés. Le propriétaire estime que l'établissement « mettra deux ans à s'en remettre ».

Réouverture en terrasse et en jauge réduite

La réouverture des terrasses en Belgique le 9 juin a donc été un soulagement. Le club compte bien reprendre les dîners-spectacles, mais avec une jauge très restreinte dans un premier temps pour respecter les contraintes sanitaires . Nicolas Fissette projette d'étendre la retransmission des concerts sur la terrasse de l'établissement, ainsi que sur une chaîne de télévision locale publique ou privée : « Je crois très fort à ce mix de solutions ».

Et ce n'est pas tout. L'établissement veut profiter du perfectionnement de son système d'enregistrement audio et vidéo pour proposer, à terme, un service de studio d'enregistrement. L'objectif n'est pas de rivaliser avec des structures professionnelles, mais d'élargir la collaboration avec les artistes « qui n'ont pas forcément de matériel visuel pour leur marketing ». L'équipe du Rideau Rouge, déjà épuisée par ces derniers mois, ne relâche pas son effort pour la survie du café-concert.

(https://business.lesechos.fr/entrepreneurs/marketing-vente/0603361725266-cafe-restaurant-concert-la-strategie-de-survie-du-rideau-rouge-338358.php)