Déconfinement : la piste du «stop and go» envisagée par le gouvernement

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Déconfiner une population qui est loin d'être immunisée et sans disposer d'un vaccin : tel est le casse-tête auquel est confronté le gouvernement. Et si la solution venait du stop and go, c'est-à-dire le fait d'alterner des périodes de déconfinement et de reconfinement? « Cela fait partie des hypothèses, notamment si des clusters se développent dans certains territoires », a indiqué ce mercredi dans Le Monde la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye.

« Sur le plan épidémiologique, c'est une piste très intéressante », pointe auprès du Parisien Mircea T. Sofonea, maître de conférences en épidémiologie et évolution des maladies infectieuses à l'université de Montpellier. Emmanuel Macron lui-même ne semble pas l'exclure. « La pire des choses serait de rouvrir trop vite, trop fort et d'être ensuite amené à refermer », a-t-il fait savoir aux autorités religieuses avec qui il a échangé ce mardi.

 

Au 11 mai, qui marquera la réouverture progressive des écoles et de certains commerces, moins de 6 % des habitants auront été infectés, selon une étude de l'Institut Pasteur menée en collaboration avec l'Inserm et Santé publique France. Ce taux sera un peu supérieur dans les régions les plus touchées comme l'Île-de-France (12,3 %) et le Grand Est (11,8 %). Mais on restera très loin des 70 % nécessaires pour aboutir à l'immunité collective - lorsque la population peut faire barrage au virus et stopper sa propagation. Et encore, la communauté scientifique n'est même plus certaine qu'avoir été infecté permette de ne pas retomber malade.

Seuil du nombre d'entrées en réanimation

 

Dans ces conditions, même en respectant les mesures de distanciation sociale et en disposant de masques après le 11 mai, il est à craindre que le nombre de malades, et celui de cas graves nécessitant une prise en charge en service de réanimation, ne reprenne une courbe ascendante.

Pour y faire face, l'un des premiers experts à avoir proposé d'alterner des phases de déconfinement et de reconfinement a été le britannique Neil Ferguson. Le 16 mars, soit la veille du début du confinement en France, l'épidémiologiste et son équipe ont publié une étude suggérant un seuil du nombre hebdomadaire d'admissions en réanimation pour le Royaume-Uni. Au-dessus de 100, on réactive les mesures de distanciation sociale; sous les 50, on les allège.

À titre indicatif, en France et toujours d'après l'étude de l'Institut Pasteur, le nombre quotidien de nouvelles entrées en réanimation le 11 mai sera compris entre 10 et 45 admissions. « L'idée pour le stop and go est de définir un seuil de déclenchement du confinement pas trop élevé pour pouvoir être réactif. Il ne faut pas attendre trop longtemps car le flux des entrées en réanimation est composé des personnes contaminées plusieurs jours voire deux semaines auparavant », souligne Mircea T. Sofonea. Si le nombre de personnes en réanimation augmente à nouveau beaucoup, « il n'y aurait pas d'alternative, il faudrait reconfiner », insiste l'épidémiologiste Catherine Hill, ancienne cheffe de service de biostatistique et d'épidémiologie à l'Institut Gustave Roussy.

Enjeux économiques et sociaux

Tout va surtout dépendre de l'efficacité des mesures qui resteront en vigueur à partir du 11 mai. Les enfants retourneront progressivement à l'école et certains commerçants rouvriront boutique, mais les restaurants et les lieux de culte resteront fermés. Et le gouvernement envisage fortement de rendre obligatoire le port du masque dans les transports.

« D'après nos estimations, il faut que cela représente au maximum 25 % de contacts infectieux en plus [pour éviter de devoir reconfiner] », indique Mircea T. Sofonea. « Tout dépendra du profil des gens encore infectés et contagieux et de ceux qui entrent en réanimation, ainsi que du respect des gestes barrières. Il suffit d'un petit rassemblement pour que cela puisse se réemballer et repartir très vite. Du point de vue épidémiologique, c'est très risqué », renchérit Catherine Hill.

Si, sur le papier et du point de vue épidémiologique, le stop and go est une piste intéressante, elle peut aussi se heurter à d'autres facteurs pris en compte par les autorités, notamment économiques et sociaux. Car on imagine mal l'économie du pays véritablement redémarrer si l'activité doit s'interrompre, au moins en partie, à intervalles réguliers.

Des chercheurs de l'université Havard jugent, de leur côté, qu'alterner déconfinement et confinement pourrait être nécessaire jusqu'en 2022 aux Etats-Unis. Sauf si un traitement efficace ou un vaccin était trouvé et disponible pour le grand public. Mais la course au vaccin, dans laquelle sont lancés de nombreux laboratoires et entreprises, ne devrait pas aboutir avant un an, voire un an et demi.  (http://www.leparisien.fr/societe/coronavirus-la-piste-du-stop-and-go-pour-mettre-progressivement-fin-au-confinement-22-04-2020-8303820.php)